« Le racisme commence avec la colonisation car il a fallu légitimer cette entreprise » – Aimé Césaire
Elle court Emma, elle court. Pas pour fuir, non, mais pour le plaisir, par une sorte de nécessité. Elle court depuis qu’elle toute petite et un jour, elle est stoppée net dans son élan. Sa jambe est salement amochée par le chien de son voisin parce que ce chien « n’aime pas les Arabes ».
Ça se passe dans le Sud, dans un endroit beau et lumineux où certains chiens n’aiment pas les Arabes, où il y a eu un camp de Harkis, où la guerre d’Algérie est un passé qui ne passe pas.
Arabe, ce mot va lui tourner dans la tête sur son lit d’hôpital alors qu’on essaie de sauver sa jambe, Arabe, ce mot craché comme une insulte. Avant elle était Emma, maintenant elle est une Arabe.
Ce très beau et court roman de Maryline Desbiolles lève le voile sur un passé douloureux et mal digéré. Dans une langue pleine de beauté et de poésie à l’image des magnifiques paysages du Sud de la France, Maryline Desbiolles nous parle avec simplicité et sans jamais prendre parti de la façon dont les Algériens qui avaient choisi la France sont la proie d’un racisme ordinaire plusieurs décennies après les « événements » d’Algérie
Elle nous parle de déclassement ou du sentiment de déclassement de certains « Français de souche » qui déversent leur rancœur et leur ressentiment sur « l’Autre », l’Arabe. Elle nous parle aussi de la volonté de fermer les yeux sur un passé assez peu reluisant de l’après-guerre d’Algérie, elle nous parle d’aujourd’hui dans le Sud et ailleurs. C’est pourtant un récit porteur d’espoir, à lire absolument pour le fond et pour la forme.
Editions Sabine Wespieser – 2024 – 145 pages

