« La vérité dérange, l’hypocrisie rassure »
D’habitude, je ne suis pas cliente des recueils de nouvelles. J’aime qu’une histoire se déploie dans la durée, passer du temps avec les personnages et les voir évoluer au fil du roman.
Mais Flannery O’Conner a peu écrit (elle meurt à 39 ans en 1964) : deux romans et trois recueils de nouvelles qui ont l’avantage de faire entrer rapidement le lecteur dans l’univers de l’autrice. Et je n’ai pas été déçue du voyage ! Flannery O’Connor donne, d’après ses photographies, l’image d’une jeune femme sage surtout lorsqu’on sait qu’elle a fait une partie de sa scolarité dans une école catholique. En réalité, elle est très loin des propos lénifiants que l’on pourrait imaginer, bien au contraire. Les nouvelles de « Les braves gens ne courent pas les rues » montrent au contraire la noirceur et l’hypocrisie de ses contemporains, parfois leur résignation, autant d’attitudes qui les mettent en mauvaise posture : la vieille dame qui persiste à se montrer charitable alors qu’elle sait qu’elle court vers la mort, le rescapé des camps de concentration qui retrouve une autre forme de haine à des milliers de kilomètres de l’Europe… Le monde de Flannery O’Connor est sombre et cruel comme sa Géorgie natale ségrégationiste. Elle ne verra d’ailleurs pas de son vivant l’abolition de cette loi infamante qui interviendra l’année de sa mort.
Les braves gens ne courent pas les rues, un livre grinçant dans lequel l’humanité est décrite dans toute sa noirceur, très très loin du « feel good ».
Editions Folio – 1981 – 288 pages

